Le monde de demain se construit à Madagascar
30/05/2016 |
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Si la résilience, les villes en transition, le monde de l’après pétrole, la gestion des déchets, etc. sont des sujets d’une brûlante actualité à travers le monde, les pays riches dont les lourdes paupières grasses les rendent aveugles quant à la réalité de leur irresponsabilité, émettent hypocritement de grands discours de bonnes intentions sociales et écologiques.
À propos du DVD : Ady Gasy de Lova Nantenaina
Si la résilience, les villes en transition, le monde de l’après pétrole, la gestion des déchets, etc. sont des sujets d’une brûlante actualité à travers le monde, les pays riches dont les lourdes paupières grasses les rendent aveugles quant à la réalité de leur irresponsabilité, émettent hypocritement de grands discours de bonnes intentions sociales et écologiques. Pendant ce temps, les défis de demain sont une expérimentation du quotidien notamment à Madagascar. Non pas par conviction idéologique mais par nécessité pratique de répondre au quotidien. Le film de Lova Nantenaina est une parfaite illustration vivante de l’expression malgache « ady gasy » que l’on pourrait traduire par cette capacité de s’inventer et se réinventer perpétuellement à partir de savoir faire malgaches. Cette traduction reste insatisfaisante pour rendre compte de sa dense polysémie et il faut bien l’inventivité même de ce film documentaire pour en rendre compte. Le réalisateur montre ces hommes et ces femmes qui, à partir des matériaux mis au rebut par la société de consommation, vont faire naître des objets du quotidien. Les gestes filmés sont précis et l’artisanat n’a rarement été suivi avec un tel intérêt par une caméra. Relevant le défi de faire se rencontrer fond et forme du film, le documentaire est pensé dans la droite lignée du kabary, cet art oratoire traditionnel malgache. Ainsi, un présentateur ouvre et ferme le film, invitant le spectateur à venir partager un objet culturel qui est rythmé par la préparation d’un concert musical. C’est aussi l’un des remarquables partis pris de Lova Nantenaina de mettre en même niveau, à travers un montage parallèle, l’élaboration et la préparation d’un concert et le travail des divers artisans des rues qui forment le film comme autant de séquences capables de condenser les efforts humbles mais tenaces face au rouleau compresseur de l’idéologie néolibérale. Le film a pour intérêt d’être une réussite à la fois cinématographique par le souci d’utiliser le langage cinéma pour partager un récit, anthropologique par son respect de la manifestation culturelle là où elle émerge, socialement et écologiquement engagé en prônant ce salvateur message de conscience émancipatrice où chacun est invité à poursuivre son expérience du citoyen du monde.
Source:Mediapart
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